Dossier: Les filières du vêtement en coton biologique / coton équitable
Coton biologique / équitable : l'enjeu écologique et humain
Le coton biologique et le coton équitable sont des alternatives pour les pays du Sud pour améliorer leurs revenus et sortir de la crise que connaît ce marché avec la chute des cours du coton conventionnel (due aux subventions massives de certains pays producteurs, ainsi qu'à la chute du cours du dollars)
Le coton équitable et le coton bio sont vendus jusqu'à 20% plus cher que les prix du marché. Cette différence de prix, d'une part, vient compenser la perte de rentabilité liée à l'utilisation de techniques agricoles biologiques (pour ce qui est du coton biologique) aux normes qui impliquent de fréquents contrôles par diverses organisations (SKAL au Danemark, Ecocert en Belgique, IMO en Suisse). Et d'autre part, pour ce que qui est du coton équitable, elle sert à mettre en place des projets communautaires: écoles, puits, infrastructures, etc... Enfin, que ce soit pour le coton biologique ou le coton équitable, ce type de programmes offrent tout simplement de meilleurs revenus aux agriculteurs.
Le coton équitable est, en général, du coton biologique, néanmoins en 2005 Max Havelaar a lancé une filière, en partenariat avec Dagris qui est un acteur majeur du marché du coton en Afrique et connu pour soutien actif aux filières de coton OGM.
Coton biologique et coton équitable sont porteurs à la fois de progrès social (respect des règles de l'Organisation International du Travail) et de progrès environnemental (interdiction des pesticides pour le bio et règlementation des engrais pour le commerce équitable).
Cependant la production de coton bio reste encore très faible: moins de 0,05% de la production mondiale.
Ces 2 marchés sont donc des marchés de niche, où le consommateur joue un rôle essentiel. Contrairement aux marchés dits "conventionnels" où le consommateur se base essentiellement sur le rapport qualité/prix des produits, pour les réseaux biologiques/équitable, le consommateur intègre dans l'acte d'achat les qualités sociales et environnementales du produit.
Ces filières du coton bio et/ou équitable qui se construisent d'une part sur l'intégration de normes (agriculture biologique, commerce équitable, commerce éthique), et d'autre part autour de la demande des consommateurs et non de l’offre de produits brut présentent un fort potentiel d'expansion mais sont pour le moment fragiles.
Complexité et perspectives de développement des filières du vêtement bio
Les filières de coton bio et/ou équitable s'inscrivent dans un cadre normatif relativement contraignant. Cela implique des contraintes techniques et organisationnelles qui poussent à la mise en place de filières intégrées (de la production à la commercialisation du produit fini).
La construction de ces filières et la rentabilisation prend du temps.
- Temps de changement des pratiques agricoles,
- Temps de changement des pratiques de gestion (liée à la traçabilité des productions normalisées),
- Temps d'intégration des pratiques éthiques dans la transformation: pas d'utilisation de procédés chimiques, pas de confection dans des sweatshops.
Les cahiers des charges de l’
agriculture biologique imposent ainsi un certain nombre de contraintes concernant l’emploi de
produits chimiques autorisés pour la transformation (nettoyage, cadrage, peignage, teinture etc.), un traitement particulier des déchets ainsi que le respect de
normes sociales minimales.
En ce qui concerne le
commerce équitable, les normes édictées par
FLO (Fairtrade Labelling Organization) n’abordent pas la question de la transformation mais les organismes certificateurs comme Max Havelaar et les importateurs/distributeurs du commerce équitable (comme
Oxfam Magasins du monde en Belgique) demandent à ce que les règles de l’
OIT (Organisation Internationale du Travail / International Labour Organization) soient respectées.
Quelle que soit la voie choisie, un
contrôle environnemental et social doit être possible à n’importe quel point de la filière. Ceci pousse à la construction de liens étroits entre producteurs, transformateurs et certificateur donc à l’
intégration des filières.
La construction de ce type de filière intégrées et contrôlables en tout point doit être
soutenue par la consommation. Dans le cas contraire, les producteurs se voient obligés de vendre leur coton sur le
marché conventionnel voire d’arrêter leur production.
La mise en oeuvre de ces filières peut se faire par l'
intégration des distributeurs et/ou des marques qui ont des contacts directs avec les consommateurs et offrent des débouchés (les Magasins du monde Oxfam,
WWF,
Greenpeace).
La construction de
filières ad hoc sous l'impulsion de marques ou des distributeurs est également un moyen pour créer ces filières intégrées et ainsi garantir la solidité de ce marché du
textile bio et/ou équitable.
La contrepartie de cette forte intégration est un certain
manque de souplesse dans le fonctionnement de ces filières. Mais c'est aussi ce qui assure la
stabilité des relations commerciales indispensable au développement des
producteurs de coton bio et/ou équitable.
Quel que soit le type de construction adopté pour les filières, la
pérennité des relations implique que les consommateurs restent sensibles aux qualités équitables et/ou bios des textiles et que leur
demande soit soutenue.
Ici, la
démarche engagée par les marques et les distributeurs de mode éthique prend tout son sens. Les pays du Nord ne consommeront pas de coton bio seulement par esprit d'éthique, ils se tourneront vers le bio et/ou équitable parce que l'
offre est en adéquation avec leurs attentes.